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République Démocratique du Congo: entre tension et désir de recommencer
12 février 2013

Bujumbura, le 12 février 2013 – Près de deux trois après la crise, au cours de laquelle de Mouvement Mars 23 (M23) a occupé Goma pendant 12 jours dans une riche région minière du Congo oriental, la capitale du Nord Kivu vit encore sous la menace du danger et de l'incertitude. Les rebelles ont pris position à l'entrée de la ville et des dizaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des camps proches du centre de la ville. Pendant ce temps, des négociations ont lieu à Kampala, la capitale de l'Ouganda, entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23.

Isaac Kiyaka SJ, le Directeur du JRS des Grands Lacs d'Afrique, décrit la situation à Goma à son retour d'une visite effectuée au Congo Oriental pendant la période de Noël. 

Père Kiyaka, dans quel état se trouve Goma suite à la crise occasionnée par les rebelles du M23?
Bien que les rebelles aient accepté de se retirer à quelques kilomètres de Goma, l'insécurité demeure. Les gens sont convaincus que les rebelles du M23 vont continuer à rôder dans la ville pour contrôler la situation. D'un autre côté, le sentiment de tension est corroboré par la présence massive de militaires congolais et de soldats des Nation Unies. Je garde en tête une des images qui m'a le plus frappé: j'ai vu un tank passer près d'un endroit où jouaient des enfants.

Comment réagit la population?
Les habitants vivent dans la crainte de voir les combats reprendre à tout instant. Les habitants de Goma sont pessimistes quant à l'avenir, il leur apparaît sombre, incertain et imprévisible. Ceci dit, ces gens sont très forts et ils ont une formidable capacité de résilience. Les affaires ont repris le lendemain de la crise et le marché était plein de gens qui achetaient et vendaient des fruits et des légumes. Chacun s'active pour retrouver une vie normale, si on considère toutefois le concept de normalité comme étant relatif.

Vous avez visité les camps pour personnes déplacées située aux portes de la ville. Quelles y sont les conditions de vie?
Le camp déborde de personnes déplacées qui vivent les unes sur les autres dans de minuscules cases qui prennent l'eau lorsqu'il pleut. Ils se sentent constamment en danger, car ils sont très souvent visés lorsque la violence éclate et que les rebelles entrent dans le camp. Un jour je me suis rendu chez une femme qui hurlait et pleurait parce qu'on venait de lui dire que sa carte de rations alimentaires avait été utilisée par quelqu'un d'autre. Les déplacés sont désespérés. 

Les personnes déplacées occupent les lieux publics comme les écoles et les paroisses. Que pouvez-vous nous en dire?
Certains déplacés s'abritent dans des écoles durant la nuit et s'en vont le matin pour que les élèves puissent suivre les cours. J'ai été frappé de voir des familles déplacées cuire du blé et des haricots sous les fenêtres des élèves qui étudiaient. Les élèves devaient faire des efforts surhumains pour rester concentrés. Il faut toutefois souligner le fait que les populations locales ont fait montre d'une grande solidarité avec les populations déplacées. Un exemple: des familles locales accueillent des déplacés dans leur maison.

Dans ce contexte d'urgence le JRS a décidé d'intervenir dans le domaine de l'éducation, en reconstruisant des écoles et en distribuant des fournitures scolaires. Qu'est-ce que cela signifie pour les élèves?
Nous avons décidé d'intervenir dans le domaine de l'éducation pour donner aux enfants déplacés la possibilité d'aller à l'école et de nourrir leur espoir, en dépit de l'urgence et des souffrances occasionnées par le conflit. Face à de tels besoins, vous ne pouvez que vous demander ce qu'une organisation comme le JRS peut apporter. Notre réponse est que même si cela représente une goutte d'eau dans l'océan, notre présence est pour eux très importante parce qu'ils réalisent que quelqu'un s'occupe d'eux et ils se sentent moins seuls. 

Vous avez passé Noël à Goma. C'était comment?
Passer Noël à Goma m'a permis de toucher Jésus Christ concrètement. Lui aussi est né dans des circonstances de grande vulnérabilité, exactement comme tous ces enfants et comme les habitants du Congo oriental. 

Vivre Noël à Goma permet d'aborder Jésus comme Celui qui est présent dans la souffrance, et vous pouvez ainsi le percevoir chez ces gens. C'était très touchant de voir comment, en dépit de l'insécurité et de la guerre, les habitants de Goma ont voulu célébrer Noël et la vie; après la messe tous se sont rassemblés dehors pour porter un toast et se réjouir. Autant de signes indicateurs du triomphe de l'espoir et de la vie, même dans des circonstances dramatiques. 

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