Le cours aide à structurer les vies de ces femmes déplacées. Il n'offre pas seulement un endroit où elles peuvent améliorer leurs compétences de survie, c'est aussi un espace privé et sûr où elles peuvent partager leurs expériences de violence dans cette région ravagée par la guerre.
Quand le responsable de la formation du JRS a touché le sujet de la violence sexuelle, les femmes ont toutes, l'une après l'autre, levé la main et parlé de leurs expériences. Elles se sont ouvertes et ont parlé de ces expériences, elles ont expliqué qu'elles se sentent vulnérables, leur désir d'être protégées par les autorités et leur droit à la justice pour les délits commis contre elles.
C'était la première fois que les femmes parlaient entre elles sur leurs expériences traumatisantes et la violence sexuelle dans les mains de groupes d'hommes armés mais aussi de civils. La question est taboue, et quand elle devient publique elle conduit régulièrement à la stigmatisation, par leurs communautés, de ces femmes victimes de violence sexuelle.
Témoignage. Le JRS a parlé avec deux femmes qui ont courageusement décidé de parler ouvertement et courent le risque de la stigmatisation sociale.
Bien qu'elle ait courageusement rapporté l'attaque à la police, les soldats - a dit Diane - ont simplement été transférés dans un autre district. Diane a dit que depuis ce jour-là elle se sent très mal et ne réussit plus à se concentrer.
La deuxième femme, Divine*, est une veuve obligée de fuir son village d'origine pour trouver de la sécurité dans un camp pour personnes déplacées pendant la guerre. Ici, un homme a forcé la porte de sa maison au milieu de la nuit, et l'a violée.
Suite à cela, elle s'est retrouvée enceinte et a donné naissance à des jumeaux dans le camp. La famille de Divine l'a désavouée, a refusé de l'aider, elle et les enfants, et l'a accusée d'être responsable du viol. Depuis lors, la jeune femme a peur de cultiver sa terre. Divine demande que l'auteur du délit soit porté en justice et qu'elle ait la garantie de quelque forme de réparation financière.
La violence sexuelle et basée sur le genre est un fléau des communautés de la République Démocratique du Congo. Selon l'étude publiée en 2011 dans le Journal américain de santé publique [American Journal of Public Health] chaque heure, au Congo, 48 femmes sont violées ou subissent de la violence basée sur le genre. Les conséquences de ces délits sur la santé physique et mentale des victimes sont dévastatrices. A cause des insuffisances du système judiciaire congolais et du très répandu climat d'impunité pour les auteurs de violence sexuelle (qui sont souvent des membres de groupes armés ou des militaires), les victimes n'obtiennent justice que rarement.
Protection. Au Nord- Kivu, la dignité des femmes et leur droit à l'intégrité physique, mentale et morale, sont constamment violés. Les femmes ont de toute urgence besoin d'être protégées contre le viol et toutes les autres formes de violences: la responsabilité en est avant tout des autorités congolaises. En ligne avec leurs mandats respectifs, la force de maintien de la paix des Nations Unies, MONUSCO, et l'organisation des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) doivent aussi jouer un rôle fondamental dans la protection des droits des personnes déplacées.
*Ces noms ont été changés pour protéger l'identité des femmes
Danilo Giannese, responsable de l'advocacy et des communications, JRS Grands Lacs Afrique
Pour des informations sur les actions d'advocacy relatives au viol et à la violence liée au genre dans la République Démocratique du Congo, visitez notre site web Campagne pour arrêter les viols et la violence liée au genre au cours des conflits
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