Dispatches est une publication bimensuelle par e-mail du Bureau International du JRS. Il contient des nouvelles des réfugiés, des communiqués de presse, des articles et les dernières nouvelles des projets par les membres travaillant sur le terrain.


  Asie Pacifique: Cinq voeux pour la Journée Internationale des Femmes

 
Les souhaits des réfugiées sont partagées par les femmes dans tous les domaines de la vie, Phnom Penh, Cambodge (Tess O'Brien/ JRS)

 
Si le matin nous ne pouvons pas faire notre pain, si nous sommes malades ou fatigués, nous n'avons pas de quoi nourrir nos enfants. Nous devons donc faire le pain. Tous les jours. Et quelle que soit notre situation.  

Bangkok, le 8 mars 2012 – Que ce soit dans les camps situés sur la frontière ou dans des appartements urbains, les femmes vivent en situation de grande vulnérabilité. Au cours des années passées, le JRS a rassemblé de nombreux témoignages de femmes vivant dans la région Asie Pacifique. En cette Journée Internationale des Femmes, prenez le temps de lire ce qu'elles souhaitent pour leur avenir et celui de leurs familles.

Un avenir sûr pour mes enfants. «Je suis venue en Thaïlande pensant que mon mari et moi pourrions gagner assez d'argent pour rentrer en Birmanie et inscrire nos enfants dans une bonne école. Aujourd'hui nous sommes ici et nous ne gagnons même pas assez pour mener une vie décente. Nous n'avons pas d'économies et nos enfants devront bientôt quitter l'école et travailler pour nous aider», a déclaré une des deux mères qui ont migré vers le district de pêcheurs de Ranong, il y a cinq ans.

Loin de toute violence sexuelle. Amina fait partie des centaines de femmes qui ont fui la violence sexuelle qui régnait dans leur pays d'origine. Aujourd'hui, elle vit à Bangkok et s'occupe de son fils. Elle est en attente de réinstallation pour démarrer une vie nouvelle avec son fils dans un endroit où elle sera en sécurité. «A Djibouti, en tant qu'officier de police j'étais respectée. Mais après avoir compris que mon mari ne cesserait jamais de me torturer et de me violer, et que personne dans la communauté ne me sauverait, j'ai décidé de partir. Si je n'obtiens pas le statut de réfugié, j'ai peur qu'ils ne me renvoient vers lui, et alors je mourrai».

Pouvoir nourrir ma famille trois fois par jour. Ni l'Indonésie, ni la Thaïlande ni la Malaisie n'ayant signé la convention des réfugiés, les personnes qui cherchent asile dans ces pays n'ont pas l'autorisation de travailler. Adelah et son mari ont appris à faire du pain plat afghan qu'ils vendent dans la communauté réfugiée où ils vivent et qui se trouve dans les faubourgs de Jakarta. «Si le matin nous ne pouvons pas faire notre pain, si nous sommes malades ou fatigués, nous n'avons pas de quoi nourrir nos enfants. Nous devons donc faire le pain. Tous les jours. Et quelle que soit notre situation».

Ne plus trouver de bombes à sous munitions dans notre cour afin que nos enfants et petits-enfants puissent jouer en toute sécurité. Dans les années 70, Yay Mao a perdu sa fille et sa nièce à cause des mines. Il y cinq mois, son petit –fils âgé de dix ans a été tué par une bombe à sous munitions trouvée près de leur maison. Bien que le Cambodge ait signé la convention visant l'interdiction des mines terrestres et des bombes à sous munitions, le nettoyage du pays prendra des décades. Dites à vos gouvernements d'interdire les mines terrestres et les bombes à sous munitions et de trouver d'autres moyens pour permettre à des personnes comme Yay Mao de vivre ici en sécurité.

Une maison qui résiste aussi bien à la saison des pluies qu'à la saison sèche. Dans les camps de réfugiés situés sur la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, – certains peuvent abriter plus de 20.000 réfugiés – des femmes ont écrit leurs inquiétudes concernant la réinstallation, le rapatriement en Birmanie, l'éducation de leurs enfants et leurs gagne-pain. Mais avant tout, elles sont concernées par quelque chose d'encore plus basique: la survie. Vivre dans la jungle pendant la saison des pluies signifie être exposé à des glissements de terrain. Un seul glissement de terrain peut entraîner des arbres qui à leur tour peuvent entraîner des maisons construites sur les pentes des camps.

Au cours de la saison sèche, des incendies comme celui du camp de réfugiés de Umpiem Mai peuvent détruire des sections du camp en quelques minutes.

«Nous entendons parfois parler de personnes qui ont été tuées par la chute d'un arbre. Nous vivons dans la crainte constante des glissements de terrain pendant la saison des pluies et des incendies pendant l'été. En été nous n'avons pas assez d'eau potable et il n'y a aucun camion de pompiers», a déclaré May Tho, une mère réfugiée.


Journée Internationale des Femmes: Cinq souhaits de femmes vivant au Moyen Orient

 
Des femmes iraqiennes réfugiées expriment leur espoir d'un avenir marqué par la stabilité et la réalisation de leurs rêves. Amman. Jordanie. (Zerene Haddad/JRS)

 
Je veux le meilleur pour mon mari et pour mes enfants: intellectuellement, psychologiquement et sur le plan de la santé.  

Amman, le 13 mars 2012 – Accueillies comme hôtes mais sans pouvoir travailler de manière légale, les réfugiés urbains iraqiens vivant en Syrie et en Jordanie rêvent de stabilité pour eux et pour leurs familles. Même si leurs enfants sont scolarisés, de nombreux parents sans emploi attendent parfois huit ans avant d'être réinstallés. Cinq femmes iraqiennes ont partagé avec le JRS Moyen Orient leurs espoirs face à un avenir marqué du sceau de l'inconnu.

Faire quelque chose pour moi. Dans ma vie j'ai fait beaucoup de choses: j'ai fait des études, j'ai eu une famille, et j'ai élevé mes enfants comme il faut, mais je n'ai rien fait pour moi-même. Je rêve de terminer mes études pour devenir programmatrice informatique. J'aimerais également rencontrer ma mère, car je ne l'ai pas vue depuis des années.

Posséder une maison et m'installer définitivement. Au cours des 33 années qui viennent de s'écouler, j'ai eu de nombreux emplois, y compris celui de gestionnaire; mais jusqu'à aujourd'hui, mes droits n'ont jamais été respectés. J'attends toujours que l'Iraq me verse une retraite. J'essaie toujours d'avancer et j'aimerais vraiment trouver un emploi.

Faire des plans pour l'avenir. Je rêve de stabilité psychologique; j'aimerais que mes enfants continuent leurs études et recommencent à faire des plans pour leur avenir. Après avoir quitté l'Iraq nous avons passé cinq ans en Arménie et mes enfants y ont fait leurs études. Nous sommes arrivés en Syrie, pensant que nous n'y resterions que quelques mois, mes enfants ont alors arrêté leurs études. A ce jour, nous y sommes depuis des années.

Stabilité. Pour moi, stabilité rime avec liberté de déplacement et de travail. Comme tout Iraqien et tout Arabe, je rêve de stabilité pour mon pays, pour la Syrie, pour le monde arabe, mais je sais combien c'est difficile. Je veux le meilleur pour mon mari et pour mes enfants: intellectuellement, psychologiquement et sur le plan de la santé. Je rêve de posséder une maison.

Garder leurs valeurs. Mon mari est malade et sa santé se détériore. Nous avons élevé nos enfants comme il faut, et j'espère que même si nous devons déménager dans un autre pays ils garderont les valeurs familiales. Ils sont ma seule famille; mes parents sont morts et mes autres enfants sont en Iraq. Je ne pense ni ne rêve à l'Iraq car la situation ne fait qu'y empirer.

Etats-Unis: Etendre l'Education Supérieure aux personnes vivant dans les marges

 
Peter Balleis SJ, Directeur International du Service Jésuite des Réfugiés pendant son discours; à ses côtés: Marie MacFarland, directeur international du JC:HEM et Chris Lowney, Président de Jesuit Commons (Rhonda Sheya/Regis University)

 
JC:HEM est une initiative de la Compagnie de Jésus destinée à ouvrir l'accès à l'éducation supérieure à ceux qui vivent dans les marges de la société.  

Denver, le 7 mars 2012 – Peter Balleis SJ, le Directeur International du JRS, a fait partie des intervenants qui ont pris la parole au cours de l'ouverture de la conférence organisée par International Jesuits Commons à l'Université Régis de Denver, Colorado, autour du thème: L'éducation Supérieure pour les personnes vivant dans les marges (JC:HEM).

Des responsables Jésuites de l'éducation supérieure et des innovateurs originaires de 30 pays faisaient partie des 120 participants à cette conférence qui a duré quatre jours. L'objectif de cette rencontre: envisager et préparer la suite d'un programme qui a fait ses preuves en matière d'éducation en ligne pour les réfugiés vivant au Kenya, au Malawi et en Syrie, au cours des deux années qui viennent de s'écouler.

La conférence avait pour but d'étendre la vision et les domaines d'action du JC:HEM et de donner la possibilité à ceux qui se trouvent aux marges de nos sociétés le pouvoir de diriger leur vie en leur ouvrant l'accès à l'éducation supérieure proposée par les Jésuites, afin qu'ensemble nous puissions nourrir l'espoir de créer un monde plus humain et plus pacifique.

Parmi les autres intervenants à la conférence, il y avait Mary McFarland, directeur international du JC:HEM et professeur de l'Université Gonzague; Chris Lowney, auteur de l'ouvrage Heroic Leadership et Président de Jesuit Commons; Patricia Ladewig, vice-président des Affaires Académiques à l'Université Régis, et Steve Jacobs, président de la conférence et assistant du vice-président pour les Affaires Académiques de l'Université Régis.

Au cours de la deuxième journée, d'autres intervenants ont pris la parole: Vincent Cochetel, Haut Commissaire pour les Réfugiés représentant régional pour les Etats-Unis et la région des Caraïbes, et Michael Garanzini SJ, président de l'Université Loyola de Chicago et secrétaire de l'Education Supérieure pour les Jésuites.

JC:HEM est une initiative de la Compagnie de Jésus destinée à ouvrir l'accès à l'éducation supérieure à ceux qui vivent dans les marges de la société. La collaboration entre le JC:HEM et le JRS permet à 250 étudiants de suivre des cours en ligne et sur site en partenariat avec un réseau global regroupant des universités jésuites. Les réfugiés peuvent passer un diplôme en études généralistes et se spécialiser en service communautaire en suivant des études en vue d'un diplôme qui profitera à la vie quotidienne des réfugiés vivant dans les camps.

République Démocratique du Congo: aider les femmes à réduire leur vulnérabilité

 
L'accès à l'éducation à la santé peut s'avérer un puissant outil pour les femmes en situation de vulnérabilité. Masisi. Sud de la République Démocratique du Congo (Peter Balleis SJ/JRS)

 
Nous avons trouvé que ces cours aident vraiment nos participants, en particulier les jeunes filles, à acquérir une plus profonde compréhension de leur rôle potentiel dans la société, l'option de devenir femmes avant de devenir mères, a dit Danilo Giannese, responsable régional du JRS Grands Lacs pour l'advocacy.  

Masisi, 7 mars 2012 – Le mois dernier, le JRS a officiellement lancé un nouvel atelier «Education pour la vie», le dernier d'une série visant à réduire la vulnérabilité d'adolescentes au Congo oriental. Les activités entreprises par les participantes aux cours encouragent la discussion sur la violence sexuelle et sexiste et le mariage précoce.

En tant qu'élément du projet d'éducation informelle de la ville de Masisi, ces ateliers hebdomadaires sont organisés pour les femmes déplacées et locales qui participent déjà à l'atelier d'alphabétisation et à des cours de coupe et couture. Récemment, 13 jeunes hommes se sont joints aux femmes.

«En plus de la formation en alphabétisation ainsi qu'en coupe et couture, nous croyons que les femmes ont besoin de connaissances essentielles concernant leurs vies, leurs corps et leurs rapports au sein de leurs famille», a dit Danilo Giannese, responsable régional du JRS Grands Lacs pour l'advocacy.

Le cours d' «Education pour la vie» explore des questions sur les valeurs morales, l'éducation sexuelle et le mariage, et cherche notamment à fournir aux participants une meilleure compréhension du fonctionnement de leurs corps. Le mariage et des rapports communautaires harmonieux sont aussi des thèmes importants examinés à l'atelier. Le JRS a planifié d'inclure, au cours des prochains mois, dans les programmes d'Education à la vie des ateliers, l'hygiène personnel et la sécurité alimentaire.

«C'est très important d'impliquer les hommes dans ces activités. En fait, ce n'est qu'avec la pleine coopération entre femmes et hommes que nous pouvons espérer que la violence sexuelle et sexiste sera un jour éradiquée de cette région. Voir des hommes prendre part à nos ateliers est très important pour nous», a encore dit M. Giannese.

Changer les attitudes envers les mariages précoces

«Nous avons trouvé que ces cours aident vraiment nos participants, en particulier les jeunes filles, à acquérir une plus profonde compréhension de leur rôle potentiel dans la société, l'option de devenir femmes avant de devenir mères. Il est rarement donné aux femmes l'occasion d'apprendre et de discuter de ces questions; mais sans information ni soutien, elles ne peuvent pas faire des choix en étant bien informées. Trop de jeunes filles se marient ou ont des enfants alors qu'elles sont encore très jeunes» dit M. Giannese.

Le JRS a démarré des activités à Masisi en 2010 en fournissant des services d'éducation formelle et informelle aux personnes déplacées et aux communautés locales. Ces activités comprennent: construction d'une école secondaire ; formation des enseignants; distribution de matériel scolaire; cours d'alphabétisation; formation professionnelle. Le JRS fournit aussi un soutien et une assistance matérielle de base à des personnes se trouvant dans des situations exceptionnellement vulnérables - les malades chroniques, les personnes âgées, les veufs et veuves, les orphelins, les mères seules.


République Démocratique du Congo: aider ses voisins est seulement une question d'amour

 
Le théâtre peut s'avérer un puissant outil pour aider les femmes à surmonter les divisions ethniques, Mweso, partie orientale de la République Démocratique du Congo (Peter Balleis SJ/JRS)

 
En tant que femmes, elles sont fières de savoir qu'elles ont un rôle important a jouer dans la communauté... a dit Beatriz Garcia, directrice de projet JRS à Mweso.  

Mweso, le 12 mars 2012 – Travailler pour sa communauté doit être davantage de la solidarité qu'une façon de gagner son pain. Tel est l'objectif de la dernière initiative de sensibilisation du JRS dans les camps pour personnes déplacées.

L'objectif de l'initiative «L'amour n'a pas de prix, pas de race; l'amour n'est pas bancal» vise à encourager le travail bénévole parmi les résidents du camp. Il fait partie d'une activité plus large du JRS parmi les femmes déplacées, qui comprend des cours d'alphabétisation et des réunions hebdomadaires au cours desquelles elles discutent de problèmes à présenter aux autorités du camp.

Le but de l'initiative est d'encourager les femmes à s'occuper des personnes les plus vulnérables, comme les malades chroniques, les personnes âgées, les veufs et veuves, les jeunes mères seules et les orphelins. De cette manière, on espère que les femmes deviendront les actrices du processus de construction communautaire qui abat les différences ethniques.

«Nous encourageons les femmes à aider leurs voisines en souffrance, comme étant plus qu'un travail, plutôt une profonde responsabilité, même quand toute la communauté est stressée» souligne Beatriz Garcia, directrice de projet JRS à Mweso, qui travaille avec des groupes dans des situations de très grande vulnérabilité.

Depuis que le JRS a démarré ses activité à Mweso en mai 2011, un des principaux défis qu'a dû affronter l'équipe de terrain a été d'élaborer des façons créatives pour encourager les femmes à prendre part à la programmation.

«Tandis que le JRS comprend la vraie différence créée par l'aide financière pour celles qui vivent aux marges de la pauvreté, nous essayons d'avoir une autre approche à Mweso. Bien que cela ait été un défi depuis le début, nous obtenons d'impressionnants résultats en nous concentrant sur la confiance, la responsabilité et la compassion comme briques de construction pour la communauté» a encore dit Mme Garcia

Théâtre communautaire, surmonter les différences ethniques. Une initiative faisant partie du programme JRS a été d'organiser une pièce de théâtre communautaire au sujet de deux femmes, l'une Hutu, l'autre Tutsi. La scène commence avec la femme Hutu assise toute seule en dehors de sa cabane, trop vieille et malade pour travailler ou chercher de la nourriture et du bois à brûler.

«Ma vie est bien misérable» pense-t-elle, et elle se plaint de n'avoir rien à manger

Elle remarque qu'il y a une femme âgée Tutsi assise elle aussi devant sa cabane, et elle aussi en mauvaise santé. La femme Hutu veut l'aider, mais n'ayant rien à offrir, ne sait pas quoi faire. Après avoir réfléchi, elle se rend compte qu'elle a quelque chose à offrir: son amour.

La femme Hutu se rend chez la femme Tutsi, s'excusant de ne pouvoir lui offrir que sa compagnie e son amitié. La femme Tutsi commence à pleurer et serre sa voisine dans ses bras, en expliquant que personne n'est venu lui rendre visite depuis qu'elle est arrivée au camp il y a un an.

«Les femmes ont été incroyablement émues par ce spectacle. Elles nous ont dit qu'elle pensaient que la différence ethnique n'était pas le facteur le plus important en amitié et qu'elles étaient prêtes à avoir une nouvelle attitude vis-à-vis des souffrants dans le camp» a encore dit Mme Garcia.

Depuis lors, les femmes qui participent aux activités du JRS sont plus enthousiastes et la concentration sur la compensation financière est devenue moins apparente.

«En tant que femmes, elles sont fières de savoir qu'elles ont un rôle important a jouer dans la communauté, étant donné qu'elles plaident pour les besoins de celles qui sont dans des situations difficiles. Le sentiment renouvelé d'énergie est palpable et nous ne pourrions être plus satisfaits de leur esprit d'engagement et de participation» a conclu Mme Garcia.


République Démocratique du Congo: au Nord Kivu, violées et abandonnées

 
Dans un endroit où l'impunité est généralisée, les tâches les plus essentielles peuvent facilement devenir une question de vie ou de mort. (Peter Balleis SJ/ JRS)

 
Eduquer les personnes à s'opposer à toutes les formes de violence avec tous les moyens à leur disposition est un objectif concret qui peut être atteint grâce à un engagement quotidien, nourri par la passion et l'espoir.  

Pour commémorer la Journée internationale de la femme, Danilo Giannese du JRS Grands Lacs décrit le dilemme que doivent affronter les femmes de l'Est de la République Démocratique du Congo qui courent le risque de subir de la violence sexuelle simplement en essayant de joindre les deux bouts. Contribuer à mettre fin à ce climat inacceptable de violence constitue l'objectif 2012 du JRS dans la région.

Goma, le 8 mars 2012  Un matin comme beaucoup d'autres, Blandine*, une jeune femme âgée de 29 ans qui vit dans un camp pour personnes déplacées, quitte sa baraque délabrée dans le village de Mweso pour aller chercher de la nourriture et du bois à brûler.

De même que pour beaucoup d'autres femmes, le mari de Blandine ne peut pas l'accompagner; il part travailler tôt le matin et ne rentre qu'après le coucher du soleil. Elle devra marcher plusieurs kilomètres seule, sous le brûlant soleil congolais.

Finalement elle trouve ce qu'elle veut et prend le chemin du retour à la maison, en pensant que, finalement, elle va bientôt pouvoir nourrir ses trois petits enfants. Tout à coup, elle se trouve devant cinq hommes armés qui lui bloquent la route. Ils commencent à se moquer d'elle et à la pousser jusqu'à ce qu'elle tombe par terre. Puis, l'un après l'autre, ils la violent.

«Quand ils sont finalement partis, je ne savais pas si j'étais vivante ou morte. Mon visage était mouillé de mes pleurs, mais je ne voulais pas qu'on me voie, j'avais honte de ce qui m'était arrivé», a dit Blandine.

Heureusement, elle savait ce qu'elle devait faire – aller à l'hôpital dans les 72 heures pour recevoir la médication nécessaire: des médicaments pour ceux qui pensent avoir été exposés au VIH. Mais elle ne pouvait pas raconter ce qui était arrivé à son mari dans la crainte qu'il ne la désavoue, la jette hors de sa maison et ne tourne sa famille contre elle.

Les hommes accusent souvent les femmes d'être responsables des viols ou les accusent d'avoir un amant. Dans ce cas, Blandine aurait probablement aussi été évitée par d'autres résidents du camp. Après l'épreuve d'avoir été violée, cela n'aurait été que le début souffrances morales. D'autre part, elle ne pouvait pas se rendre à l'hôpital sans l'aide de son mari: c'était trop loin pour y aller sans quelque forme de transport privé.

«Pour convaincre mon mari de me conduire chez le médecin, j'ai fait semblant d'avoir eu des convulsions. Le médecin lui a demandé d'attendre dehors et a ensuite pu me donner les comprimés. Si je les avais emportés à la maison, mon mari aurait immédiatement compris ce qui s'était passé. Ici, tous les hommes savent très bien comment sont faits ces comprimés VIH et de quelle couleur ils sont», a expliqué Blandine.

La violence sexuelle et sexiste est une affreuse source de souffrance en RDC, au point que ce pays est connu comme étant la capitale mondiale du viol. D'après une étude récente, 48 femmes et jeunes filles sont, chaque heure, soumises à cette violence.

La situation est bien pire dans la province orientale du Kivu, région caractérisée par la présence de groupes de rebelles armés locaux et étrangers, ainsi que de déplacements forcés massifs de civils. Dans le Nord Kivu seulement, il y a plus de 500.000 personnes déplacées, c'est-à-dire 25% du total des déplacés dans le pays.

Les auteurs de violence sexuelle et sexiste peuvent être des rebelles et des soldats de l'armée régulière, mais peuvent aussi être de simples civils et même des déplacés vivant dans les camps. Leurs victimes - des femmes, des jeunes filles et parfois des enfants - portent des cicatrices physiques et psychologiques indélébiles.

Un des plus grands obstacles à la réduction de la violence sexuelle et sexiste au Congo est l'habituelle impunité dont bénéficient les auteurs du délit. Même si le pays a promulgué une des plus sévères législations du monde contre la violence sexuelle – prévoyant de 5 à 20 ans d'emprisonnement, et le double si la violence a été commise par des membres des forces armées - très peu d'auteurs de viols ont été condamnés. Les victimes de la violence sexuelle et sexiste préfèrent se taire, choisissant de ne pas rapporter la violence subie. Elles espèrent éviter des représailles de la part des agresseurs dont les délits restent impunis.

Mettre fin à cette coutume horrible. Mettre fin à l'impunité pour les auteurs de violence sexuelle et sexiste est une priorité essentielle au Nord Kivu. Chacun doit mettre sur le même pied la violence sexuelle et sexiste et de lourdes peines de prison; ceux qui commettent des actes de violence sexuelle doivent être mis derrière les barreaux.

C'est seulement quand la communauté internationale, en particulier les gouvernements des Etats-Unis et de l'Union Européenne, fera pression sur les autorités congolaises pour que soient appliquées les lois sur l'abus sexuel, cette fréquence de l'impunité diminuera. Un premier pas serait de lier l'aide au développement des principaux donateurs à une diminution de l' impunité.

En outre, plus d'efforts devraient être faits pour sensibiliser la population à ce problème à l'aide des services en éducation formelle et informelle pour les communautés déplacées. Il est nécessaire de soutenir davantage les ONG et les communautés locales afin d'organiser des campagnes dans les villages et les écoles pour renforcer la conscientisation sur les droits humains en général et sur la législation concernant la violence sexuelle en particulier. Il est nécessaire de donner davantage de soutien pratique à ceux qui travaillent directement avec les victimes de la violence sexuelle et sexiste, ainsi que de fournir des informations de base sur ce qu'il faut faire en cas d'attaque.

Le résultat du combat contre l'impunité dépend avant tout de la volonté des autorités congolaises. Eduquer les personnes à s'opposer à toutes les formes de violence avec tous les moyens à leur disposition est un objectif concret qui peut être atteint grâce à un engagement quotidien, nourri par la passion et l'espoir. Le JRS en est fermement convaincu, et continuera à être aux côtés de la population de cette région d'Afrique de plus en plus négligée. 

Danilo Giannese, Responsable de l'advocacy et de la communication, JRS Grands Lacs

*Son nom a été changé pour des raisons de respect de vie privée et de sécurité.


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[JRS Dispatches Français] N. 314
Editor: James Stapleton