Dispatches est une publication bimensuelle par e-mail du Bureau International du JRS. Il contient des nouvelles des réfugiés, des communiqués de presse, des articles et les dernières nouvelles des projets par les membres travaillant sur le terrain.


  Etats-Unis: Les réfugiés ont besoin d'ouvertures en matière d'éducation supérieure

 
Vincent Cochetel s'est exprimé devant les 120 participants réunis dans la chapelle de l'Université Saint François Régis, le 7 mars 2012, à l'occasion d'une conférence de quatre jours de JC:HEM qui avait pour objectif d'envisager et de structurer l'avenir d'un programme qui depuis deux ans fournit l'éducation en ligne à des étudiants vivant au Kenya, au Malawi et en Syrie. (Don Doll SJ/JRS)

 
Cochetel a déclaré aux participants à la conférence que l'éducation supérieure fait partie de la formation continue, ajoutant que la possibilité de poursuivre des études motive les jeunes à s'inscrire et à terminer les cours de l'école secondaire, ce qui a un impact positif sur les demandes d'inscription dans le primaire.  

Denver, le 9 juin 2012 – Louant les efforts du JC:HEM (Jesuit Common Higher Education at the Margins), le représentant régional nord-américain du HCR a déclaré devant les délégués participant à une conférence internationale qu'en matière d'éducation pour les réfugiés nous «devons être meilleurs».

Vincent Cochetel s'adressait aux 120 participants d'une conférence de quatre jours qui a eu lieu à l'Université Regis du Colorado. L'objectif de cette conférence était d'envisager et de structurer l'avenir du JC:HEM qui au cours des deux années passées a fourni l'éducation en ligne aux réfugiés du Kenya, du Malawi et de Syrie.

Jesuit Commons: Higher Education at the Margins est une initiative de la Compagnie de Jésus qui souhaite faire bénéficier de l'éducation supérieure assurée par les Jésuites ceux qui sont en marge de la société. JC:HEM travaille avec le Service Jésuite des Réfugiés et a permis à plus de 250 étudiants d'étudier en ligne en partenariat avec les réseaux global des Universités jésuites. Ces réfugiés reçoivent un diplôme en études libérales et poursuivent des études en service communautaire en vue d'un certificat de fin d'études qui améliorera la vie quotidienne dans les camps.

Au cours d'une présentation de 45 minutes intitulée «Des Vies en Marge – Les Nations Unies regardent vers l'avenir» – Vincent Cochetel a déclaré que le monde compte aujourd'hui 11 millions de réfugiés, 27 millions de déplacés, quelque 3,5 millions d'apatrides, et 837.000 demandeurs d'asile. Il a également présenté qui sont les réfugiés, où ils se trouvent, ce qu'ils veulent et quels sont leurs droits.

En moyenne, les réfugiés passent dix-sept ans en exil. C'est ce que Vincent Cochetel, entré au HCR en 1986 et actuellement basé à Washington, a déclaré lors de la conférence.

Après avoir souligné les principaux défis pour le HCR, y compris la diminution de l'espace humanitaire et de la possibilité de trouver une réponse adéquate dans un contexte marqué par la croissance de l'urbanisation, Cochetel s'est lancé dans l'explication et la discussion des principaux défis de l'éducation supérieure, des bénéfices de l'éducation supérieure pour les réfugiés et des priorités en matière d'éducation supérieure – trois domaines directement reliés aux objectifs de l'éducation supérieure du JC:HEM et du JRS.

«Le rapport n'est pas bon», a déclaré Cochetel au sujet des principaux défis en matière d'éducation. «Le taux de fréquentation est bas. Les chiffres concernant la parité des genres ne sont pas bons non plus».

Dans sa présentation, il a souligné la forte demande d'éducation supérieure chez les réfugiés, en rappelant que les jeunes réfugiés sont souvent désespérés car ils veulent continuer leurs études pour mieux servir leurs communautés.

Cochetel a souligné l'importance de l'éducation supérieure pour les réfugiés, tout en faisant remarquer que l'éducation engendre le leadership civique, l'une des bases de toute solution durable, développe les compétences et la confiance, génère la capacité à faire des choix de vie stratégiques, assure une formation aux enseignants qualifiés du primaire et du secondaire, promeut les bénéfices économiques.

Parlant avec enthousiasme, Cochetel a déclaré aux participants à la conférence que l'éducation supérieure fait partie de la formation continue, ajoutant que «la possibilité de poursuivre des études motive les jeunes à s'inscrire et à terminer les cours de l'école secondaire, ce qui a un impact positif sur les demandes d'inscription dans le primaire».

Les priorités du HCR en matière d'éducation supérieure comportent une augmentation des bourses et du soutien académique aux étudiants du secondaire, plus d'opportunités pour un enseignement ouvert et un enseignement à distance, réduisent les barrières et étendent les opportunités en matière de participation à des activités para-professionnelles.

Cochetel a également souligné l'importance du travail accompli par le JC:HEM dans deux camps de réfugiés (Kakuma au Kenya et Dzaleka au Malawi) et dans un centre urbain (Alep en Syrie), qui a commencé en septembre 2010.

Des professeurs de la Faculté de l'Université Regis pour les Etudes Professionnelles (CPS) font partie des personnes enseignant en ligne pour les étudiants du Kenya et du Malawi. A l'automne 2010, la Faculté CPS et les enseignants ont démarré le processus de certification faisant de l'Université Regis la première université qui accorde le certification pour le JC:HEM.

En outre, quinze autres facultés et universités jésuites des Etats-Unis sont impliquées dans JC:HEM, dont la Faculté de Boston, l'Université Canisius, l'Université Creighton, l'Université Fordham, l'Université de Georgetown, l'Université Gonzague, l'Université Marquette, l'Université de Seattle, l'Université Saint-Joseph, l'Université Saint-Louis, l'Université de San Francisco, l'Université Jésuite Wheeling, et l'Université Xavier.

L'Université Regis, forte de 15.000 étudiants, comporte la Faculté Regis, la Faculté pour les Etudes Professionnelles, et la Faculté Rueckert-Hartman pour les Professions de Santé.

Pour plus d'informations sur l'Université Regis consulter le site: www.regis.edu

Donnie Veasey, Directeur des Relations avec les Médias, Université Regis, Colorado, Etats-Unis.


Kenya: Raconter des histoires pour faire changer les choses

 
Un personnel bénévole du camp de Kakuma, au nord-ouest du Kenya, participe à un atelier de formation aux techniques de communication.

 
Bien qu'ayant déjà de nombreuses responsabilités à la maison comme au travail, nous espérons que des personnel bénévoles trouveront le temps d'écrire d'autres récits relatifs à leurs expériences.  

Kakuma, le 6 juin 2012 – Un groupe aussi enthousiaste que créatif de 33 réfugiés s'est récemment retrouvé au Centre d'Apprentissage Pedro Arrupe du camp de Kakuma pour apprendre à communiquer et à écrire.

Deux ateliers ont été organisés pour les aider à maîtriser les techniques de l'écrit – histoires, témoignages, réflexions personnelles – dans le but d'aider ceux qui vivent à l'extérieur du camp à comprendre ceux qui vivent à l'intérieur et à faire le lien entre le voyage et le sort des réfugiés. Des histoires écrites par les réfugiés seront bientôt publiées en ligne.

Un message pour le monde extérieur. Situé dans la partie nord-ouest du Kenya, le camp de Kakuma serait quasiment invisible sans le pouvoir de la communication et des médias. Grâce à de nouveaux articles, à Facebook, et aux pages Internet, le travail vivifiant des agences ne passe pas inaperçu.

En tant que Responsable Régional de la Communication pour le JRS, je fais tout ce que je peux pour faire connaître nos activités à un large public, sachant que pour que ça marche je dois connaître les histoires de vie de nos différents projets – le quotidien tout autant que l'exceptionnel. Les réfugiés sont les mieux placés pour raconter ces histoires et faire passer leur message au monde extérieur. Les ateliers que j'ai animés à Kakuma étaient destinés à révéler les talents et la créativité des réfugiés participant au projet.

Divers sujets ont été traités dans les ateliers: l'importance du message et de l'image de l'organisation, l'audience et les supporters du JRS, ce qui fait naître la curiosité, les outils de communication du JRS, les témoignages et les articles écrits, les meilleures pratiques en matière de communications internes. Les participants aux ateliers pourront utiliser leurs compétences pour leur propre développement que soit à l'intérieur du camp pour plus tard, mais ils pourront aussi former d'autres réfugiés.

«J'ai l'intention d'inviter les membres du personnel et d'expliquer le rôle que chacun doit tenir au sein de la Communication du JRS», a déclaré l'un des participants.

Tous ceux qui ont participé aux ateliers sont des personnel bénévoles et des superviseurs d'autres personnel bénévoles. Le terme «personnel bénévoles» décrit les nombreux réfugiés qui font en sorte que le camp de Kakuma fonctionne bien, et qui soutiennent et guident leurs camarades réfugiés au moment où ils arrivent dans le camp.

Ils reçoivent de petits rétributions mensuels et travaillent pour diverses organisations humanitaires – dans l'enseignement, l'administration, le conseil, et dans d'autres branches –. Ils acquièrent de nouvelles compétences et soutiennent les membres des agences humanitaires. Le fait d'être réfugié ne leur permettant pas de travailler, le rôle de personnel bénévoles est une excellente alternative.

Créativité. Au terme de chacune des deux journées de l'atelier, chaque participant à produit un texte écrit. La qualité de l'écriture et l'originalité de la pensée furent une véritable source d'inspiration. Les textes écrits relataient aussi bien des histoires personnelles que des témoignages concernant la santé, le handicap ou la différence des genres.

L'un des articles qui m'a particulièrement touché parlait d'un jour de pluie dans le camp au cours duquel une voiture du JRS s'est enlisée dans la boue. Ce sont quatre réfugiés sérieusement malades hospitalisé dans un hôpital tout proche– et non pas un ou deux ou trois – qui ont proposé leur aide pour sortir la voiture! L'un après l'autre ils ont crié depuis la fenêtre de l'hôpital pour proposer leur aide. Bien que ce geste a été fort apprécié, ils n'ont pas eu à intervenir car un chauffeur du JRS était en route pour venir aider.

Le message de cette histoire est à la fois clair et puissant – même dans un endroit où l'espoir est très faible, où la souffrance due à la maladie s'ajoute à la souffrance de la condition de réfugié – l'esprit des hommes qui veulent s'entraider demeure vivant. Au fond, nous sommes tous semblables.

Futurs plans d'écriture. La réaction aux ateliers a été positive et encourageante. Bien qu'ayant déjà de nombreuses responsabilités à la maison comme au travail, nous espérons que des personnel bénévoles trouveront le temps d'écrire d'autres récits relatifs à leurs expériences.

Persuadés que son histoire, ses défis et sa perception de la vie dans le camp de Kakuma intéressent les amis et les soutiens du JRS, un participant à déclaré: «La formation m'a beaucoup aidé à retrouver confiance dans ce que je fais et ce que j'écris».

Les histoires aident à bâtir la compassion, l'empathie et la compréhension. Elles encouragent d'autres personnes à se montrer solidaires envers les réfugiés, à les aider et à plaider leur cause partout et chaque fois qu'elles le peuvent.

Le JRS accompagne les réfugiés du camp de Kakuma depuis 1994. Ce camp établi depuis longtemps abrite plus de 90.000 réfugiés appartenant à plus de 11 nationalités. Le JRS travaille dans les domaines de l'éducation et du conseil psychologique et aide les réfugiés à acquérir de nouvelles compétences pour leur avenir.

Katie Allan, Responsable de la Communication du JRS Afrique de l'Est


Jordanie: des réfugiés aident des réfugiés

 
Laith Eskander (à droite), un Irakien, parle avec un Syrienne de Homs au cours d'une visite du JRS à la famille à Amman, Jordanie

 
J'avais peur de me faire enregistrer auprès du HCR et de partager mon histoire avec d'autres; j'avais peur pour ma famille restée en Iraq et pour moi-même ici.  

Amman, le 17 mai 2012  La vue des familles syriennes me rappelle que nous avons été des réfugiés. Nous Iraqiens, avions peur de nous faire enregistrer auprès du HCR et aujourd'hui, nous rencontrons beaucoup de Syriens dans une situation analogue», a déclaré Laith Eskander, coordinateur des visites aux familles au sein du JRS de la Jordanie. 

A l'image de Laith, des membres du JRS ont trouvé le moyen de répondre aux arrivées massives de réfugiés syriens en Jordanie: des réfugiés aident d'autres réfugiés. L'équipe du JRS, composée en majorité de bénévoles iraqiens, accompagne et s'occupe des Syriens en dispensant soutien et services éducatifs aux centaines de réfugiés qui arrivent dans le pays chaque jour. 

«Je leur raconte ma propre histoire: comme vous j'avais peur de me faire enregistrer auprès du HCR et de partager mon histoire avec d'autres; j'avais peur pour ma famille restée en Iraq et pour moi-même ici», poursuit Eskander. 

En novembre 2011, l'équipe qui visite les familles, composée en majorité de bénévoles iraqiens, a pris contact avec plus de 100 familles syriennes, la plupart ayant fui la ville de Homs. La sagesse de la vie que les Iraqiens partagent avec leurs frères arabes a nourri la solidarité entre les membres de l'équipe et les Syriens.

De nombreux nouveaux arrivants syriens appartiennent à des communautés qui ont expérimenté la rupture, tant au niveau interne qu'au niveau externe, et ont été déracinés des communautés au sein desquelles ils ont passé toute leur vie. Le partage des informations et l'hospitalité des Iraqiens leur ont apporté confiance et paix au sein de leur nouvelle communauté d'accueil. Ceci est particulièrement important dans des zones urbaines où les réfugiés peuvent aisément passer entre les mailles du filet et ne recevoir aucune forme d'assistance.

Bien que les réfugiés iraqiens continuent à lutter pour aller de l'avant, au cours des années passées ils ont acquis une connaissance irremplaçable quant à la manière de survivre en tant qu'étrangers au sein de la société jordanienne. Ce type d'information n'a pas de prix, et il n'est souvent accessible que par l'intermédiaire de réseaux informels que les réfugiés mettent du temps à trouver. Les Iraqiens aident les Syriens à relever ces défis, en particulier tous ceux qui touchent à leur situation de déplacés.

Qui plus est, les Iraqiens sont en capacité de comprendre les souffrances des Syriens. Ils savent ce que signifie être réfugié, avoir l'espoir de rentrer au pays dans un futur proche, mais aussi que l'intégration dans une communauté d'accueil n'est pas toujours évidente.

La dynamique entre les Iraqiens et les Syriens permet aux réfugiés de jouer un rôle crucial dans la réponse à apporter à la crise qui émerge en Jordanie.

«Nous avons essayé d'aider de nombreux Iraqiens vivant parmi nous en Syrie… Aujourd'hui, c'est à notre tour de souffrir tout comme eux du fait de nombreux problèmes dans notre pays». C'est en ces termes qu'un Syrien originaire de la ville d'Homs a expliqué l'esprit de réciprocité.

«Dans cette réalité complexe, le JRS doit relever de nombreux défis. Les équipes du JRS font déjà plus qu'elles peuvent, avec des ressources limitées, pour essayer de répondre aux besoins de nombreux personnes déplacées vivant en milieu urbain», a déclaré Peter Balleis SJ, le Directeur International du JRS, au cours d'une récente visite dans la région.

Pourtant, forte de ses trois années d'expérience au service des réfugiés vivant à Amman dans des circonstances particulièrement difficiles, l'équipe du JRS chargée des visites aux familles a la capacité d'identifier et de répondre aux besoins des Syriens réfugiés en Jordanie.

Au cours de cette période, le JRS a noué des relations avec les organisations basées sur des communautés et des leaders religieux locaux qui les ont mis en contact avec de nombreux réfugiés nouvellement arrivés. Grâce à ce réseau, le JRS est capable de toucher rapidement les réfugiés, mais aussi de les diriger de manière efficace vers des agences qui proposent d'autres services que ceux du JRS.

Plus de 15.000 Syriens sont enregistrés auprès du HCR en Jordanie. Sachant que le nombre de Syriens en situation de vulnérabilité avoisinerait les 30.000 dans le pays et serait en augmentation. A Amman, le JRS est en contact avec plus de 150 familles, et a distribué des paniers de nourriture et d'autres produits non alimentaires à plus de quatre-vingt familles.

Le projet d'éducation informelle du JRS dans la partie orientale d'Amman, qui est tenu par des enseignants bénévoles jordaniens et iraqiens, a ouvert ses portes aux Syriens. Les participants bénéficient de cours de langue anglaise et d'informatique, tandis que les enfants et les jeunes gens y trouvent un environnement sûr où ils peuvent socialiser.

La plus forte concentration de réfugiés syriens en Jordanie se trouve sur la frontière septentrionale. La majorité d'entre eux sont hébergés dans des communautés locales à Irbid, Mafraq, Ramtha et dans les villes environnantes. Actuellement le JRS accompagne ces réfugiés à travers des visites faites dans les familles et se prépare à étendre ses programmes pour faire face à leurs besoins croissants.



Jordanie: le véritable service passe par l'accompagnement

 
Jen Compton, une bénévole du JRS, a aidé à mettre sur pied un programme de cours du soir pour les Soudanais et des Somaliens réfugiés à Amman. Les cours du soir ont été ensuite ouverts aux Syriens, aux Iraqiens et à quelques Jordaniens. (JRS)

 
Il concerne des hommes, des femmes, des individus d'âge moyen, des jeunes adultes, et des enfants. Je suis reconnaissant de ce que le JRS nous a permis de nous rencontrer.  

Amman, le 28 mai 2012 – Lors de ma première journée de volontariat avec le Service Jésuite des Réfugiés, à la fin de la journée passée dans le cadre du projet d'éducation informelle, je suis rentrée dans le même bus que le directeur du pays, Colin Gilbert. Nous avons parlé des difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés urbains, et de tous les projets du JRS.

Colin m'a dit que la grande majorité des réfugiés venait d'Iraq, mais que quelques hommes venant du Darfour venaient à l'école. Il se demandait si il y avait un moyen de s'impliquer davantage auprès des populations soudanaises vivant à Amman.

«Vous pourriez peut-être vous y consacrer. Pensez-y», m'a-t-il dit.

Quelques jours plus tard, Colin et moi-même nous somme rendus dans une maison qui abrite une vingtaine de Soudanais âgés de 20 à 30 ans. Nous nous sommes assis à même le sol dans l'une des deux pièces meublées sommairement, et nous avons bu le café qui nous fut gracieusement offert. En parlant avec les hommes, nous avons réalisé que peu d'entre eux parlaient Anglais, et que certains étaient analphabètes en arabe. Ils rêvaient d'apprendre une nouvelle langue mais ne pouvaient venir aux cours dispensés par le JRS les après-midi car ils devaient trouver de petits boulots pour subvenir à leurs besoins.

Avec quelques amis, nous avons commencé à nous rendre dans la maison deux fois par semaine, pour donner deux heures de cours de langue anglaise et connaître les hommes. Ils nous ont rapidement signalé que d'autres réfugiés soudanais vivaient ensemble dans une maison et qu'ils voulaient des cours de langue. Nous avons alors commencé des cours dans la deuxième maison.

Un mois plus tard, deux Somaliens sont arrivés au cours dispensé l'après-midi dans le cadre du projet éducatif informel à Asharfiyeh. Ils nous ont dit avoir entendu parler des cours de langue pour les réfugiés soudanais et vouloir des cours.

Ce qui au départ n'était qu'un rêve, est devenu quelques mois plus tard un projet de cours du soir pour plus de cent étudiants apprenant ensemble dans une seule pièce, uniquement assuré par des bénévoles, et reposant sur la seule énergie et la volonté de poursuivre des étudiants.

Cette communauté était devenue ma famille. J'ai passé la fête de Thanksgiving avec eux, célébré le galop d'essai de notre école ; partagé leurs succès non seulement en matière d'apprentissage de l'alphabet anglais, mais aussi en matière de composition de mots et de phrases. J'ai également été témoin de leur capacité à devenir une famille, lorsque des étudiants soudanais ont appelé un camarade iraqien, «mon frère».

Cette famille est exactement ce que signifie pour moi le principe d'accompagnement du JRS. J'accompagne les réfugiés, mais dans le même temps ils ont été à mes côtés pendant presque tout mon séjour en Jordanie.
 
L'accompagnement est une véritable opportunité de créer des relations porteuses de sens avec les gens, sans lesquelles nous ne pouvons connaître leurs besoins. Le Service est une relation.
 
Comme votre service génèrera du changement, vous devez avoir l'humilité d'accepter que vous serez changé par cette expérience. Les gens se soucieront de vous autant que vous vous souciez d'eux, et ils vous aideront et vous enseigneront plus que vous ne pourrez jamais leur offrir.

En voyant des Soudanais, des Iraqiens, et depuis peu, des Syriens entrer dans nos classes de fortune chaque soir, je suis émerveillé de voir comment ce projet s'est développé. Il concerne des hommes, des femmes, des individus d'âge moyen, des jeunes adultes, et des enfants. Je suis reconnaissant de ce que le JRS nous a permis de nous rencontrer.

Jennifer Compton est bénévole au JRS depuis septembre 2011.


Syrie: Qu'est-ce qui va se passer pour les Iraqiens?

 
Hassan et Nurreddin sont tous deux nés en exil. En 2006, leur famille a fui la violence sectaire qui se développait en Iraq. Le JRS s'efforce de fournir une aide psychologique aux familles confrontées à l'isolement et à un avenir incertain. (JRS)

 
Accéder à d'autres services, y compris ceux dispensés par le JRS, peut être un véritable défi. La distance est un obstacle réel pour les réfugiés urbains vivant loin du centre ville d'Alep.  

Alep, le 25 mai 2012  Bouillants d'énergie, les jeunes Hassan et Nurredin sont excités à l'idée d'avoir des invités chez eux. Ils sont hyperactifs et pendant que nous ne regardons pas ils tentent de boire le café qui est dans nos tasses. Ils vivent dans la solitude, et la visite d'une équipe du JRS est souvent le rayon de soleil de leur journée.

Hassan est tout heureux de montrer un petit carnet dans lequel il apprend à écrire en anglais et épelle fièrement le nom de «Nurredin», son plus jeune frère. Ils tapent dans un ballon dans un tout petit espace attenant à la cuisine dans lequel leur mère a étendu la lessive sous un toile de fortune. Tous les deux sont nés réfugiés en Syrie, et tout comme leur petite sœur âgée de quatre ans, ils n'ont jamais mis le pied sur le sol iraqien. En 2006, quelques mois avant la naissance de Hassan, les parents ont fui l'Iraq pour la Syrie, dans l'espoir d'y trouver refuge.

La famille a pris cette décision pour fuir la violence. Salah, leur père, a été enlevé dans sa boutique de barbier, à Bagdad. Il a été détenu pendant plusieurs jours et torturé. La raison étant à chercher du côté d'une montée de la violence sectaire et de l'intolérance face aux mariages mixtes. Salah est sunnite, et sa femme, Nour, est shiite.

Après avoir passé trois mois chez ses beaux-parents et prétendu être shiite, Salah a décidé de fuir en Syrie. La famille est arrivée à Alep en 2006.

Ils vivent chichement dans un quartier surpeuplé d'Alep. Actuellement, ils vivent tous dans une pièce, qui sert de salle de séjour dans la journée et de chambre la nuit, avec une petite cuisine et une salle d'eau. En l'absence de véritable toit, les conditions climatiques extrêmes du Moyen Orient – chaud en été et froid en hiver – font qu'il peut être aussi désagréable d'être à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Suite aux tortures subies, Salah ne peut plus travailler, ce qui aggrave la situation financière de la famille.

«Lorsque je rêve ou pense à ce qui s'est passé, j'ai mal ici», dit-il en montrant son épaule.

A l'évidence, ses cicatrices psychologiques sont pires que ses blessures physiques. Depuis qu'ils sont arrivés en Syrie, le père de Salah et son frère sont morts, sans qu'il ait pu rentrer au pays pour les inhumer. Aujourd'hui il a peur de ne plus jamais pouvoir rentrer au pays.

De nombreux Iraqiens ont un sens de déjà vu lorsque les reportages des médias évoquant la détérioration de la sécurité ramènent des souvenirs, voire des cauchemars, d'un passé récent. La situation en Iraq demeure préoccupante, et de nombreux réfugiés suivis par le JRS n'ont aucun désir de rentrer au pays de peur de se retrouver une fois encore du côté des victimes. Sachant que partir pour un pays voisin n'est pas la solution car leur demande d'installation dans un pays tiers (Australie, Canada ou Etats-Unis) risquent d'être retardée, ou pire encore, annulée purement et simplement.

Un avenir incertain. Comme tous les parents normaux, Salah est inquiet pour l'avenir de ses fils et de sa fille. Pour l'instant ils ont moins de cinq ans, mais il devra bientôt les envoyer à l'école. Les deux garçons sont vifs, curieux de tout et intelligents. Mais alors que Nurredin est calme et sérieux, Hassan est bruyant. Ils sont fascinés par la camera et par l'écran de contrôle, avides de toucher tous les boutons.

En tant que mère, Nour s'inquiète pour ses enfants – nutrition et santé – et pour son mari qui doit trouver du travail. Et en plus, leur fille est malade, elle souffre de la fièvre. Ses yeux sombres sont éteints et elle geint sur les genoux de sa mère.

L'équipe du JRS visite régulièrement Salah et sa famille. Ces visites font partie de la mission d'accompagnement du JRS, pour témoigner et les écouter. C'est cette approche qui caractérise le service et l'advocacy de l'organisation. En cas de besoin, et lorsque cela est possible, les équipes envoient les réfugiés chez des médecins, des conseillers juridiques et chez d'autres spécialistes. Pour Salah, cela signifie s'assurer que sa fille reçoit des soins médicaux, et que ses enfants auront des vêtements et des couvertures chaudes au moment où le froid s'intensifie.

Accéder à d'autres services, y compris ceux dispensés par le JRS, peut être un véritable défi. La distance est un obstacle réel pour les réfugiés urbains vivant loin du centre ville d'Alep. Ils ne peuvent payer les frais de transport pour arriver au Centre du JRS où ils pourraient rencontrer d'autres Iraqiens et avoir le sentiment d'appartenance à une communauté.

La recherche de moyens pour contourner l'obstacle du transport – souvent la cause de leur isolement – arrive en tête des priorités du JRS, et nous permettrait d'étendre nos services à ceux qui vivent en situation de grande vulnérabilité.

Zerene Haddad, JRS du Moyen Orient et d'Afrique du Nord



Syrie: Surmonter l'isolement grâce à la communauté

 
Après avoir vécu dans l'isolement pendant cinq années en tant que réfugié urbain, Hakeem a découvert une nouvelle communauté grâce au JRS et au Programme de Formation des Enseignants d'Anglais du JC:HEM à Alep. (JRS)

 
Hakeem semble en avoir terminé avec des années de solitude.... Mais les bouleversements qui agitent la Syrie lui rappellent la fragilité de sa nouvelle situation.  

Alep, le 25 mai 2012 – Contraint de fuir les persécutions religieuses à Bagdad, suite a l'invasion orchestrée par les Etats-Unis en 2003, Hakeem Nagi a tout perdu: ses amis, sa famille et son travail. Au terme de cinq années de solitude et d'isolement, Hakeem reconstruit lentement sa vie grâce au soutien et à la formation reçus dans le Centre du Service Jésuite des Réfugiés Deir Vartan d'Alep.

Avant de quitter Iraq, ce qu'il a fait en 2006, Hakeem travaillait comme traducteur pour le Ministère des Déplacements et des Migrations, et il a été enseignant pendant sept ans. Ce n'est qu'en 2011 – après avoir terminé le Cours dans les Marges dispensés par le JRS et le Jesuit Common Higher Education, et avoir enseigné l'Anglais comme deuxième langue, que Hakeem a fini par trouver un emploi dans le Centre Deir Vartan.

Le voyage d'Hakeem a été long et difficile. Avant de fuir l'Iraq, il a été arrêté, ce que Hakeem attribue au fait qu'il est musulman sunnite, la minorité qui a dirigé le pays pendant des années. A son arrivée à Damas, il a vécu tout seul pendant six mois, à nouveau sans amis, sans famille et sans emploi.

Avant de s'installer à Alep, il s'est dirigé vers la ville toute proche de Izaz située au nord de la Syrie. Mais en pure perte, jusqu'à ce qu'il entende parler du Centre Deir Vartan.

«J'essayais de me faire des amis, mais mon instabilité émotionnelle me desservait. J'étais virtuellement isolé de tous. Je cherchais ce qui pourrait changer ma vie lorsque j'ai entendu parler du centre du JRS et des services qu'il propose. J'ai alors décidé de m'y rendre», déclare Hakeem.

Après avoir rencontré l'Assistant pour l'Education et avoir acquis une meilleure compréhension des services offerts aux réfugiés, Hakeem s'est inscrit dans un cours intitulé Enseigner l'Anglais comme deuxième langue, organisé en coopération avec un certain nombre d'universités américaines. Ce qui s'est avéré être le nouveau départ que cherchait Hakeem.

«Je n'avais [toujours] pas d'amis ni de famille, et de temps en temps j'étais désespéré; et c'était vraiment formidable d'entrer en contacts avec d'autres personnes. M. Yahya, le professeur, était très aidant et fiable, et le groupe des enseignants était super», déclare Hakeem.

«Nous avons travaillé en équipe en dépit de nos différences d'âges, de nationalités et de religions. Nous avons tous été traités équitablement; nous avons  vraiment travaillé comme une famille. Le cours m'a fourni un cadre défini et m'a aidé à surmonter mon isolement, ma timidité et mon désarroi», poursuit-il.

«En venant au Centre j'avais l'impression de rentrer chez moi, dans ma famille. J'ai commencé à laisser derrière moi les problèmes vécus en Iraq. J'apprécie de pouvoir enseigner aux étudiants et je me sens moi-même lorsqu'ils sont enthousiastes et ambitieux», ajoute Hakeem.

Hakeem semble en avoir terminé avec des années de solitude. Il a de nouveaux amis, un nouveau travail, et commence une nouvelle vie. Mais les bouleversements qui agitent la Syrie lui rappellent la fragilité de sa nouvelle situation.

Craignant pour sa sécurité s'il est forcé de rentrer en Iraq, Hakeem est aussi inquiet à l'idée de perdre ses nouveaux amis et son nouveau travail.

«J'aimerais rester en Syrie», conclut-il.



Syrie: La peinture pour expression, un atelier pour les femmes au Centre Deir Vartan

 
Ce dessin de Selwa Antoine traduit sa peur d'être déracinée de sa maison en Iraq et la profonde nostalgie qu'elle a de sa vie passée. Alep, Syrie (JRS)

 
En dépit de la guerre, de la perte de mon mari et de tous les problèmes inhérents à la vie en exil, ma vie ici est riche et féconde.  

Alep, le 29 mai 2012 – Au cœur d'Alep, dans le Centre Deir Vartan, le JRS organise des activités réservées aux femmes réfugiées de tous âges, vivant dans et autour d'Alep. Un atelier a été organisé pour tenter de conjuguer récréation et accroissement de l'amour-propre.

L'atelier qui comprenait quatre sessions, s'est tenu en février dernier dans l'intention d'offrir aux femmes l'opportunité d'exprimer leurs émotions et de discuter des problèmes quotidiens auxquels elles sont confrontées, sans toujours les nommer, à cause de leur situation de réfugiée.

Sous la conduite de Gina Achji, une bénévole du JRS, les participantes ont exploré l'importance de s'exprimer à travers la peinture. Au départ le groupe a dû analyser un certain nombre de tableaux peints par des artistes iraqiens et syriens, pour montrer comment les mêmes images peuvent être perçues différemment, et comment cette perception réfléchit les situations de vie ou les émotions de l'auteur.

Grâce à une méditation musicale, elles ont été invitées à se tourner vers leurs propres circonstances de vie. Cette expérience leur a permis d'expérimenter combien leurs perceptions sont fortement liées à leurs situations de vie marquées par les pressions quotidiennes, le devoir constant de servir la famille, et l'incertitude de l'avenir.

Le point culminant de la session fut la création de tableaux par les femmes à partir de peinture, de pastel ou de fusain, pour traduire les émotions nées au cours de la méditation. Le groupe a ensuite analysé les dessins. Chaque femme a présenté son dessin aux participantes en expliquant ce qu'il signifiait pour elle.

«Nous avons créé une atmosphère de silence où les femmes ont pu  exprimer leurs propres sentiments. Par le biais de leurs dessins j'ai pu aborder avec elle un certain nombre de sujets sensibles», a déclaré Gina.

De nombreuses femmes ont peint leurs maisons en Iraq: certaines entourées de jardins verdoyants, d'autres vides et détruites. Le sentiment de déracinement et d'errance revenait constamment, ainsi que la nostalgie du passé. Peur de l'incertitude, solitude, tristesses, stress, oppression et vieillissement, étaient également présents dans les dessins, sous la forme d'arbres dépouillés de leurs feuillages ou d'un soleil noir.

Selwa Antoine, une femme de 69 ans originaire de Mossoul vivant en Syrie depuis sept ans, a intitulé son dessin, «Nostalgique».

«Vous voyez ma maison et mon jardin en Iraq. Je suis au milieu et je les touche tous les deux… Je voulais exprimer mon attachement à cet endroit. La cheminée ne fume pas, ce qui signifie que personne ne vit là. Nous avons abandonné notre maison lorsque nous sommes partis pour la Syrie. Je n'avais jamais touché un crayon ou un pinceau auparavant, mais lorsque j'ai fait ce dessin, j'ai senti qu'il exprimait toute ma nostalgie», a déclaré Selwa.

Stratégies pour surmonter la situation. «En dépit de la guerre, de la perte de mon mari et de tous les problèmes inhérents à la vie en exil, ma vie ici est riche et féconde», a déclaré une femme iraqienne.

L'un des thèmes qui est clairement apparu, est leur foi profonde en Dieu. C'est elle qui les soutient, en particulier dans les moments où prévalent la peur et le désespoir.

Les femmes avaient le sentiment qu'il leur arrive de fuir la réalité en multipliant les activités et en faisant des choses inutiles, au lieu de prendre le temps de réfléchir à ce qui se passe autour d'elles. Elles sont tombées d'accord sur l'importance de reconnaître leurs propres besoins au lieu de passer tout leur temps à répondre aux besoins des autres.

Les filles des femmes ont été invitées à participer à la dernière session au cours de laquelle elles ont réfléchi aux aspects générationnels des difficultés auxquelles elles sont confrontées. L'atelier sur l'art est devenu un outil pour réconcilier les tensions et les incompréhensions entre elles.

«J'ai appris beaucoup de choses nouvelles dans cet atelier. Je n'avais jamais entendu parler de «lecture de l'image» avant. Et j'étais convaincue que je ne pouvais pas peindre, mais cela me plait beaucoup. J'aime l'idée d'une relation entre mère et fille basée sur la confiance et l'amitié», a déclaré Nour, une femme iraqienne de 24 ans.



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[JRS Dispatches Français] N. 319
Editor: James Stapleton